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Les nouvelles technologies sont-elles la pierre philosophale du 21ème siècle permettant de transformer sinon le métal, au moins la pierre du pont Adolphe en un Golden Bridge sur l’Alzette ? Quelles sont les opportunités de transformer la radieuse vallée de l’Alzette en une Silicon Valley européenne ?

 

Si ces questions peuvent sembler ésotériques, la question de la transformation industrielle et digitale du Luxembourg est pourtant bel et bien posée. C’est un enjeu bien compris par le gouvernement Luxembourgeois comme en témoigne l’étude stratégique sur la troisième révolution industrielle publié le 14 novembre 2016 sous l’égide du ministère de l’économie (www.tirlux.lu). Elle donne la direction que doit prendre la société pour affronter les challenges du digital.

Par ailleurs, une délégation du gouvernement menée par Pierre Gramegna, Ministre des Finances, a récemment effectué un voyage officiel en Californie. En même temps, Telindus, fournisseur de solutions digitales basé au Luxembourg, a organisé une série de rencontres entre des cadres dirigeants de l’industrie financière du Luxembourg avec des entreprises de la Silicon Valley.

Au cours de ces rencontres, ont émergé deux évidences : l’extrême maturité du développement de l’industrie digitale dans la Baie de San Francisco et l’importance de l’écosystème pour poursuivre son expansion. Comment ces enseignements peuvent-ils nous être utiles pour permettre le développement des Fintechs au Luxembourg ?

Avant de répondre à ces questions, permettons-nous un rapide tour d’horizon historique afin de comprendre les clés du succès des écosystèmes.

 

Le concept d’écosystème

Le botaniste anglais Arthur George Tansley introduit dans un article publié en 1935 dans la revue Biology le concept d’écosystème où il insiste sur les interrelations entre le climat, le biotope, la flore et la faune. Il y souligne « la relative instabilité de l’écosystème, due aux imperfections de son équilibre », cependant il note également que leur rémanence est due à leur capacité à évoluer.

Il faut attendre le début des années 1990 pour que l’économiste James Moore introduise le concept d’écosystème d’affaires qu’il décrit de la manière suivante : « une communauté économique supportée par l’interaction entre les organismes du monde des affaires : des entreprises et des individus ... Les organismes membres vont également inclure les fournisseurs, les producteurs, les concurrents et autres parties prenantes. A travers le temps, ils vont faire co-évoluer leurs compétences et leurs rôles, … ».

L’équilibre fragile de cet écosystème des affaires repose notamment sur l’esprit d’entreprise d’un groupe d’individus déterminés, de l’existence de financements, de la disponibilité de ressources qualifiées.

 

L’écosystème de la Silicon Valley

En 1930, lorsque AG Tansley écrivait son article, le sud de la vallée de San Francisco était une zone rurale affectée par les sécheresses à répétition. Un jeune professeur de l’université de Stanford, Frederick Terman du département d’ingénierie électrique, cherchait à trouver des débouchés à ses étudiants. Il réussit à convaincre deux d’entre eux, messieurs William Hewlett et David Packard de ne pas émigrer sur la cote Est et de créer leur entreprise localement. Elle naît, comme d’autres, dans un garage en 1939 avec 538 dollars de capital.

Dans les années 1950, plusieurs évènements contribuèrent au succès de la région :  

- Après la seconde guerre mondiale, la côte pacifique était devenue stratégique pour les Etats-Unis, la population de la Californie a ainsi été multipliée par 6 en 70 ans.

- Le gouvernement américain a massivement investi dans les technologies de défense avec la guerre froide, le Stanford Research Institute est créé en 1946.

- Frederick Terman, devenu doyen de son département utilisa une partie des 32 km2 du campus de Stanford pour inciter les entreprises à installer leurs départements de R&D en échange de partenariats avec l’Université.

Aujourd’hui la Silicon Valley compte environ 20.000 startups selon Compass et sans aucun doute celles avec les valorisations boursières les plus élevées au monde. Il a fallu quelques décennies pour écrire cette success story.

 

L’écosystème de l’industrie des fonds au Luxembourg

En 1990, alors que James Moore publiait son étude, le Luxembourg comptait 380.000 habitants, y étaient enregistrés 800 OPC ou fonds d’investissements pour un montant d’actifs de 70 milliards d’euros.

26 ans plus tard, la population frôle les 600.000, il y a 5 fois plus de fonds et 50 fois plus d’actifs.

L’industrie des fonds d’investissements s’est développée de manière fulgurante. A l’heure actuelle, cet écosystème est composé de plus de 1.500 acteurs divers comme les sociétés de gestion, les banques dépositaires, les auditeurs, les avocats, les PSF etc … Autant d’acteurs qui conjuguent leurs compétences, leur volonté d’innover, leurs liens économiques, leurs investissements pour faire de cet écosystème un succès mondial.

 

Quels sont les enseignements des acteurs de la Silicon Valley ?

Tout d’abord, si des sociétés comme Facebook ou Twitter ont été créées dans les années 2000, il ne faut oublier que les champions des nouvelles technologies comme Google ou CISCO ont vu le jour dans les années 80 et 90 ou que Apple et ORACLE existent depuis les années 70.

Le tissu industriel de la baie de San Francisco s’est constitué grâce à de nombreux succès qui se sont sédimentés. A côté de ces géants plus ou moins récents, il existe des centaines de micro-entreprises qui se créent chaque jour.

Par analogie au monde biologique, une tortue marine peut atteindre l’âge de HP ou IBM (plus de 100 ans), cependant une sur mille atteint l’âge de 10 ans ! Le monde des startups est aussi impitoyable que celui des tortues, plus de 90% ne survivent pas aux trois premières années de leur vie !

Le nombre est donc clé pour permettre l’émergence de Licornes ou de Centaures (capitalisations boursières supérieures à respectivement 1.000 MUSD et 100 MUSD). Et cette dimension statistique est pleinement intégrée par la majorité des acteurs de la Silicon Valley. C’est à ce titre que l’échec n’est pas vécu comme un drame. Le fait de se faire dévorer par un crabe alors que le bébé tortue se précipite à la mer n’est pas qu’une question de compétence, mais aussi un peu de chance…

Comme 95% des startups sont créées par des personnes fortement qualifiées, l’environnement éducatif est un terreau fertile au développement de cet écosystème, la proximité d’universités célèbres comme Berkeley ou Stanford est déterminante.

Enfin l’expérience cumulée de l’ensemble de ces entrepreneurs crée une émulation propre à accélérer le processus de lancement de ces startups, citons a minima :

- la capacité à fournir du financement à ces jeunes pousses grâce aux sociétés de « Venture Capital »,

- l’existence d’incubateurs comme Y Combinator ou 500 startups. Ces accélérateurs de succès sont hyper sélectifs : 120 startups sélectionnées pour 5.000 candidats pour YC, 8% des candidats rejoignent 500 startups.

Ces incubateurs fonctionnent tous à peu près de la même manière : deux sélections par an, une durée de séjour de moins de 6 mois, du financement, du coaching, de l’émulation. Ces incubateurs sont des machines à créer des champions.

 

Quelles perspectives pour le Luxembourg ?

Le Luxembourg compte sensiblement autant de startups par habitant que les Etats-Unis, cependant, cela ne représente qu’une centaine d’entreprises contre plus de 70.000 outre-Atlantique. Il n’y a donc pas d’autre alternative pour le Grand Duché qu’attirer des talents pour augmenter le nombre de startups. Pour cela les missions de promotion à l’étranger comme celle du ministre des Finances sont indispensables.

Dans un univers statistique, la loi des grands nombres est impitoyable. Comment remplacer quantité par qualité ?

Le Luxembourg a une population active 2 à 3 fois plus qualifiée que ses voisins. Il est donc imaginable de s’appuyer sur ce terreau favorable pour accélérer la croissance des startups. Rappelons comme il a été dit ci-dessus, que les startups sont créées par des diplômés de l’enseignement supérieur. Des aides publiques ciblées pourraient favoriser les vocations.

Le pôle universitaire luxembourgeois est en pleine croissance mais il reste petit, à la fois en nombre absolu et en poids relatif de la population. Cependant l’université du Luxembourg accueille une proportion d’étudiants étrangers comparable à certaines universités prestigieuses centenaires. S’appuyer sur son attractivité en mettant l’accent sur le digital offrirait un potentiel de développement significatif.

Les structures de financement et d’incubation sont à l’échelle du marché. Favoriser le financement de startups étrangères venant s’établir au Luxembourg permettrait de devenir plus attractif.

Car l’attractivité est la condition pour exister. En effet, si une startup sur 1.000 devient un leader, il faudrait potentiellement attendre plus de 10 ans pour voir émerger une Licorne au Luxembourg ! A-t-on le temps d’attendre ?

Alors comment accélérer le processus ? Une piste pourrait consister à s’appuyer sur l’écosystème existant de la Finance.

Les stars de la Silicon Valley aiment à répéter que le marché évolue plus vite que les grandes entreprises. Ne faut-il pas entendre ce message et accélérer le changement au sein de nos entreprises ?

Le Luxembourg dispose d’un avantage indéniable : la capacité à connecter les énergies sur des projets communs. Ainsi, peut-on imaginer que s’appuyant sur l’écosystème de la finance, un univers de Fintechs (startups du domaine de la Finance) se densifie progressivement.

Si l’on reprend les termes de James Moore déjà cité : « Les organismes membres vont également inclure les fournisseurs, les producteurs, les concurrents et autres parties prenantes. A travers le temps, ils vont faire co-évoluer leurs compétences et leurs rôles,etc. ». La coopération entre les différents acteurs de la place, leur capacité à s’unir pour faire avancer certaines technologies sont des éléments déterminants pour accélérer le développement des startups au Luxembourg.

 

Le groupe Société Générale est pleinement impliqué dans cette dynamique collective luxembourgeoise. SGBT promeut de manière active les initiatives locales. Cet engagement est multiforme, il commence par des partenariats avec des initiatives de place comme le LHoFt (Luxembourg House of Financial Technology). Mais, Société Générale favorise également des startups en devenant « early adopter », permettant à celles-ci de justifier l’intérêt de leur produit. Enfin  Société Générale participe avec d’autres acteurs de la Place à de nombreuses initiatives, nous sommes en effet convaincus de notre nécessaire engagement sociétal pour l’émergence d’un nouvel écosystème préfigurant de la troisième révolution industrielle.

 

Olivier RENAULT, SGSS Luxembourg Country Manager, Member of the Innovation Executive Board of SGSS.

Published in l’AGEFI Luxembourg, July 2017

 

 

 

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