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Comment se préparer à la disparition des taux d'intérêt interbancaires tels que LIBOR, EURIBOR et EONIA?

23/01/2019

Découvrez, à travers cette vidéo avec Laurent Viellard, et son transcript, pourquoi les taux d'intérêt interbancaires tels que LIBOR, EURIBOR et EONIA vont disparaître, par quoi ils seront remplacés, à quelle échéance et comment s'y préparer.

Laurent, peux-tu nous dire pourquoi les taux d'intérêt interbancaires tels que LIBOR, EURIBOR et EONIA vont disparaître ?

Pour deux raisons: d'une part parce que, lors de la crise financière en 2008, les taux court terme, EURIBOR, LIBOR, EONIA, qui sont, rappelons le, constitués à partir de déclarations de panel de banques européennes et londoniennes, ont fait l'objet de manipulations. D'autre part, ces taux  se sont avérés moins pertinents car moins utilisés par les banques entre elles. La pérennité de ces taux comme benchmark de référence a donc été remise en cause; les régulateurs ont donc décidé un abandon progressif de ces taux. Ils ont souhaité et ils souhaitent passer de taux déclarés à des taux constatés. Au niveau européen, la commission européenne a initié une réglementation sur les indices de référence BMR, Benchmark de référence, incluant cette problématique des taux.

Très bien. Par quoi seront-ils remplacés ?

Chaque banque centrale a d'ores et déjà lancé des réflexions pour remplacer ces taux que sont le LIBOR, l'EURIBOR et l'EONIA. Au niveau européen, l'EONIA serait remplacé par l'ESTER. Pour tous les taux issus du LIBOR, chacun des taux existants seraient déclinés par devise :

  • le SOFR pour le Dollar,
  • le TONAR pour le Yen, 
  • le SARON pour le Franc suisse
  • le SONIA pour le Sterling.

Contrairement aux taux déclarés, chacun des ces taux serait calculé a posteriori à partir d'un panel, à partir d'un périmètre élargi de transactions permettant de refléter au mieux la situation réelle et d'éviter ainsi des éventuelles manipulations.

Quels seront les impacts de la disparition de ces taux sur la gestion d'actifs ?

Les impacts sont de différentes natures. Premièrement juridique et commerciale, chacun des contrats aujourd'hui fait ou peut faire référence à ces taux qui vont être supprimés. Mais qui dit référence à ces taux dit forcément renégociation éventuellement avec des clients pour définir le taux choisi.

Opérationnelle, deuxième nature, il existe dans les systèmes d'information des bases qui ont été construites en ne prenant en compte un seul taux de référence. Si on ajoute plusieurs taux de référence il faudra revoir ces bases de données.

Et dernier impact, les écarts de performance, la différence entre les taux existants et les nouveaux taux, vont créer des différences de valorisation dans les portefeuilles.

Comment se préparer face à ces modifications à venir ?

Le maître mot pour se préparer est anticiper. On a vu préalablement, dans la précédente question, les différentes natures de changement et les différents impacts qu'il pouvait y avoir. Donc premier impact au niveau opérationnel, recenser l'ensemble des systèmes d'information faisant référence à ces taux est un moyen de démarrer et de se préparer à ces changements.

Au niveau juridique pareil. Il y a un certain nombre de contrats qui font référence: recenser l'ensemble de ces contrats permettra de voir l'étendue des travaux à mener.

Enfin, au niveau des écarts de valorisation, au niveau des écarts de performance, on peut d'ores et déjà lancer des simulations pour mesurer les impacts en termes de valorisation là aussi dans les portefeuilles.

Et pour finir, Laurent, peux-tu nous parler du calendrier de mise en œuvre ?

Le règlement européen "Benchmark" prévoit à ce jour un abandon des taux européens dont l'EONIA, au 1er janvier 2020. Des instances européennes réfléchissent aujourd'hui à un report de deux ans de l'abandon de ces taux EONIA et EURIBOR. Si cela était confirmé, le calendrier d'abandon de l'EONIA coïnciderait avec celui de l'abandon du LIBOR, ce qui nous ramènerait au 1er janvier 2022.